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Sgraffites

Le sgraffito ou sgraffite (comme on le nomme en Belgique francophone) est une technique ornementale qui consiste à graver le motif dans l’enduit tant qu’il est encore frais. Le dessin apparaît alors en creux grâce aux différences de couleurs entre les couches d’enduit. Le sgraffito permet une meilleure lisibilité du motif à distance. L’enduit à la chaux qui le compose est une matière minérale et mate qui fait corps avec l’architecture. Ses qualités technologiques assurent une grande longévité aux décors.

A Bruxelles, la technique est employée à partir du dernier quart du 19ème siècle jusqu’en 1914. l’enduit sous-jacent est coloré en noir ou en ocre rouge. Le motif est essentiellement linéaire. L’enduit est peint « a secco » ou « mezzo fresco » après avoir été gravé.

Le Sgraffite est alors très employé pour orner les façades : frises sous corniches, tympans, allèges… Il figure aussi bien des ornements de style Art Nouveau que plus eccléctiques. On compte de véritables chef d’oeuvre en sgraffito qui font partie intégrante d’une oeuvre architecturale, ainsi que toute une série d’ornements plus standardisés, choisis sur catalogues par les propriétaires ou architectes. Les artisans protagonistes de cette technique sont Jean Baes, Adolphe Crespin, Paul Cauchie, Privat-Livemont, Gabriel Divoet, Géo Pochon. Les architectes les plus fameux de l’art Nouveau ont employés cette techique dans leur réalisations : Paul Hankar, Gustave Strauven, Ernest Blérot, Jean-Baptiste Dewin, etc..

Les sgraffites de Bruxelles ont eu la vie dure au cour du XXème siècle. Ils ont souffert d’infiltration d’eau, ont noircis, ont été repeints, recouverts de carrelage, ou simplement détruits. Leur altération est aussi liée à leur mise en oeuvre ou aux matériaux constitutifs : mauvaise qualité du sable employé ou de la charge colorante de l’enduit, variation dans les recettes de mortiers, manque d’adhérence entre les couches. Pour toutes ces raisons, il ne reste souvent que quelques traces de la couches picturale, la plus délicate.

Le rôle du restaurateur est de conserver et prolonger la vie des éléments d’une oeuvre à une époque donnée, sans falsifier l’authenticité ni la nature de l’oeuvre. Pour la conservation/restauration d’éléments ornementaux, il est aussi nécessaire de tenir compte de l’ensemble architectural et de rétablir une unité de lecture. C’est souvent un travail de collaboration entre les différents intervenants et expert en la matière (conservateur/restaurateurs, architectes, historiens de l’art, artisans, propriétaires …)

Et ailleurs ?

Le sgraffite n’a pas été inventé à Bruxelles. En tant qu’art ornemental, on le trouve à la Renaissance dès le 15ème siècle en Toscane, à la Cour du Saint Empire ( en particulier à Prague) , puis autour du Massif Alpin (Vénétie, Tyrol Suisse,) ainsi qu’en Europe de l’Est (Croatie Serbie). La technique est redécouverte à partir vers 1850 / 1870 en Europe alors en plein essor industriel et urbain qui s’accompagne d’un regain d’intéret pour les techniques ornementale et un certain historicisme. On citera Gottfried Semper à Zurich, Moody et Sumner en Angleterre, Laufberger à Vienne, puis Jean Baes et Adolphe Crespin qui semblent introduire la technique à Bruxelles.

Et aujourd’hui ?

Certains artistes se sont appropriés la technique. En 2019, on a réalisé le plus grand sgraffite connu (j’attends d’être démentie!): 150 m² de sgraffite sur le pignon d’une maison. Deux mois de chantier, 4 tonnes de sable et de chaux employés, une dizaine de personne et une entreprises de rénovation. Le sujet a été élaboré avec les habitants du quartier Si vous passez dans la Capitale, près du Canal, rue de l’intendant 145…pensez-y !

exemple d’intervention

Sgraffito sous corniche

Restauration : 2018

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